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Bernard Vittoz: l'homme et le leader

04.09.2006

Evoquer la mémoire de Bernard, c'est faire surgir une foule d'impressions fortes: d'abord son regard amical, se faisant parfois malicieux, dans lequel on lisait déjà son plaisir de vous rencontrer et de vous parler; puis son intelligence et son besoin de comprendre et d'expliquer.

Il me revient qu'il avait défié et démasqué en public un célèbre manipulateur... Bernard a gardé toute sa vie les aptitudes d'un excellent physicien; il a aussi conservé intact la capacité d'émerveillement de l'enfant qu'il avait été, et la confiance dans autrui. Rentrant un soir de son bureau, il passe à Bellerive devant le cirque qui avait commençé sa représentation; cédant à la tentation de la fête il s'arrête et, ni une ni deux, prend un billet. Le voilà appelé sur scène, ou le prestidigitateur lui rend son portefeuille subtilisé alors qu'il prenait sa place. Bernard en riait en nous racontant son aventure. Sa joie de vivre, communicative, n'empêchait pas qu'il avait une force de travail peu ordinaire et une intuition supérieure.

Sur le parvis de la cathédrale, pendant que Bernard entamait son dernier voyage, la foule de ses amis et connaissances échangeait par petits groupes leurs souvenirs, autant d'hommages à ses qualités. Entre toutes, je retiens que Bernard s'est toujours montré comme il était, vrai, humain, sans jamais cacher sa personne derrière les rôles importants qu'il a assumés. Son charisme a fait de lui un leader et un modèle pour ceux et celles, nombreux, qui l'ont cotoyé. Et, dans une certaine mesure, Bernard continue d'exister dans les valeurs qu'il a rendu désirables et qui ont été ainsi transmises.

On doit à Bernard de nombreuses réalisations professionnelles, personne n'ignore l'impulsion qu'il a donnée au développement des sciences de base et de l'ingéniérie à l'EPF; sous sa présidence, le transfert et la valorisation de la recherche ont connu un boost: création du Centre d'appui Cast, du Service des relations industrielles SRI, du parc scientifique PSE, de la Fondation pour l'innovation technologique FIT, lancement des grands programmes de partenariat de recherche avec Thomson-CSF, SMH, Hewlett-Packard, Dassault/ABB. Deux réalisations me laissent personnellement des souvenirs forts, voire un brin de nostalgie, parce qu'elles furent de véritables équipées d'aventuriers.

L'EPFL a mis en production en 1986 le premier superordinateur, le fameux Cray one, acheté en seconde main grâce à un crédit extraordinaire octroyé par le Conseil des EPF. Pendant deux ans, cette machine a servi généreusement toutes les hautes écoles suisses pour leurs calculs scientifiques, avec l'appui du Conseil des PHP et du Groupe d'applications sur ordinateurs vectoriels, faisant de l'EPFL un centre de compétence unique en simulation numérique.Je me souviens qu'avec Bernard, nous étions si convaincus de l'importance de ce domaine pour le développement de la science, qu'en écrivant la requête pour le financement, nous imaginions en cas d'échec engloutir nos propres économies dans un financement privé. Je ne sais pas si Bernard en a parlé à l'époque à Claudine, son admirable femme...Les locomotives de ces projets s'appelaient Francis Troyon et Ralf Gruber (physique des plasmas), Inge Ryhming (mécanique des fluides) et, Bernard, qui préférait les locomotives aux serre-freins, leur avait donné toute sa confiance et son appui. Il en est résulté une mobilisation nationale pour le calcul scientifique (Speedup, Centre Manno), puis une équipée européenne qui a abouti à Turin à la création de la Communauté européenne pour le calcul en mécanique des fluides et combustion (ERCOFTAC) réunissant les grandes Ecoles et les principales compagnies d'avionneurs et fabricants d'automobiles. Le centre de coordination d'ERCOFTAC doit toujours se trouver à l'EPFL.

L'autre réalisation est la création d'Eurecom et d'une section d'ingénieurs en systèmes de communication. Là, tout est parti en été 1989 du professeur Henri Nussbaumer, qui a présenté Maurice Papo, IBM Fellow comme lui et responsable du Centre pour la communication avancée à Sophia Antipolis. Les deux amis ont proposé à Bernard de créer un filiale de l'EPFL dans le parc idyllique de Sophia Antipolis près de Nice, pour former des ingénieurs en systèmes de communication. Ce projet séduisant, mariant l'informatique et les télécommunications, a évidemment rencontré l'opposition des spécialistes de l'informatique et des télécommunications. L'idée d'établir cette Ecole sur sol étranger avait aussi de quoi faire réfléchir les juristes et autorités de la Confédération, dans une période où la question européenne était une affaire politique chaude en Suisse. Bernard a encouragé ses mousquetaires, Henry Nussbaumer, Murat Kunt, Jean-Pierre Hubaux et le soussigné, à foncer, et en 1990, le Conseil fédéral donnait son accord pour créer Eurecom. Les systèmes de communication, qui ont pris de la bouteille depuis, sont aujourd'hui la composante importante d'une faculté de l'EPFL.
 

auteur: Jean-Jacques Paltenghi