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51ème Biennale Internationale d'Art de Venise

08.09.2005

"The Experience of Art" - "Always a little further"

Rassemblement de plus d'une centaines d'artistes originaires de 70 pays, la Biennale d'Art de Venise propose depuis 110 ans d'explorer les territoires les plus innovateurs de l'art contemporain. Articulée en trois secteurs, les Giardini où sont disséminés les pavillons nationaux exposant leurs propres artistes, l'Arsenale, l'ex-chantier naval de la République de Venise, proposant une exposition thématique, et divers palais et églises de la cité abritant les pays émergents, l'édition 2005 a été pour la première fois confiée à deux curatrices, les espagnoles Marìa de Corral et Rosa Martìnez. Une occasion pour découvrir une facette féminine ou féministe de l'art?

Arsenale
Un énorme lustre d'aspect classique mais composé de tampons hygiéniques à la place des traditionnelles perles blanches (Joana Vasconcelo), "Moins de 3% des artistes dans l'Art Moderne sont des femmes, mais 83% des nus sont féminins", slogan revendicateur sur les affiches pop-art des Guerilla Girls, telle est l'entrée en matière racoleuse de l'exposition "toujours un peu plus loin" à l'Arsenale. Un espace qui porte l'empreinte la plus marquée de la direction artistique à chaque édition. 9000 m2 ouverts à toutes les audaces, accueillants tous les messages, portés par tous les supports d'expression, installations interactives, performances, vidéos... et même sculptures, peintures et photographies. Rosa Martinez, en charge de ce défi, dit s'être inspirée de Corto Maltese, héros des bandes dessinées du Vénitien Hugo Pratt, qui symbolise pour elle "le mythe du voyageur romantique, toujours indépendant et prêt pour les imprévus et les risques".
Au visiteur donc d'endosser l'attitude désinvolte de ce personnage et de se laisser emporter dans les imaginaires des 49 artistes qui se succèdent sous les voûtes de brique de l'ancienne fabrique de cordes et des ateliers adjacents. Il sera souvent interpellé, de manière plus au moins subtile, sur le statut de la femme, sur la différentiation des genres, sur la lutte entre les sexes (l'ombre tutélaire des sculptures de Louise Bourgeois survolant l'espace marque d'ailleurs le parrainage de cette orientation revendiquée). Mais il y découvrira aussi de quoi méditer sur l'élaboration de son identité personnelle et la constitution de son paysage mental. La sphère intime de l'être humain centralise les préoccupations sourdrant de la plupart des oeuvres.
Ainsi, Mona Hatoum expose un cercle empli de sable perpétuellement balayé par la rotation d'un axe muni d'une part de dents triangulaires, et d'autre part d'un racloir qui efface aussitôt les empreintes laissées sur le sable. Une métaphore de la fragilité de notre mémoire?
La jeune Regina Jose Galindo s'engage dans une performance audacieuse dans la capitale de son pays natal, le Guatemala: elle porte une bassine de sang dans laquelle elle trempe régulièrement ses pieds pour laisser des empreintes lourdes de sens devant les lieux de pouvoir et de répression, devant l'oeil faussement indifférent des soldats affectés à leur garde.
L'oeil porté sur l'individu est également au centre de la magnifique performance de la Coréenne Kimsooja, filmée au ralenti, immobile et de dos, plantée comme un poignard au milieu d'un flux de passants dans différents métropoles mondiales. L'effet de la globalisation s'efface devant la diversité des regards des foules, indifférentes à Delhi, bienveillantes à Lagos, hostiles et incrédules à Sanaa, capitale du Yémen.
 
Malgré quelques images fortes, c'est cependant une impression de "rassemblement sage" (l'expression est tirée du Monde du 13.06.05) qui s'impose au terme de la visite. Manque de folie, manque de foisonnement, trop d'artistes et de discours convenus. Une retenue qui déçoit dans ce genre de manifestation. On regrette aussi l'absence d'oeuvres à contenu politique: l'artiste reste cantonné dans sa tour d'argent, à l'écart des débats du monde. Faut-il oui ou non approuver la censure de la ville de Venise, qui s'est opposée à la construction sur la piazza San Marco d'une réplique de la Ka'aba, la pierre sacrée de La Mecque ?
 
Giardini
Hélas, la déception s'accroît au cours de la visite des pavillons nationaux. Marìa de Corral parle "de faire état d'intensités" dans son exposition "The Experience of Art" située dans l'imposant pavillon italien. Cette formule prometteuse cache hélas un ensemble d'oeuvres moyennes d'artistes révérés (Bacon, Tapiès, Kentridge) accompagnées d'oeuvres oubliables d'autres talents qui ne brillent pas par leur audace. On retiendra néanmoins la réinterprétation ubuesque de la bande-annonce pour péplum réalisée par Francesco Vezzoli, avec la complicité de célébrités hollywoodiennes. Un must-be-seen plaisant qui était sur toutes les lèvres lors du vernissage.
Peu de bonnes surprises dans les pavillons des pays occidentau certains parient sur des valeurs sûres (ou doit-on les qualifier de sures?) comme les Etats-Unis avec une rétrospective du peintre Edward Ruscha et la Grande-Bretagne avec Gilbert & George. La Suisse nous ressert sans grande originalité de traitement sa sauce sur la diversité des identités culturelles qui composent notre pays.
 
Sans grande difficulté, la France remporte le Lion d'Or attribué au meilleur pavillon grâce au Casino d'Annette Messager, une plongée abyssale dans un monde onirique inspiré par l'histoire de Pinocchio. Après s'être glissé entre les longs rideaux qui cachent l'entrée du pavillon, le visiteur est confronté à trois scènes racontant la genèse et les métamorphoses du célèbre pantin. Des images fulgurantes d'une stupéfiante beauté, qui s'adressent directement à la partie irrationnelle et émotionnelle de son cerveau.
 
"Encore un peu plus loin"
Soudain, cette expression prend un sens nouveau, et certainement pas prévu par les curatrices. Mais l'envoyée spéciale de votre journal vous révèle la vraie signification de ce slogan: "plus loin" est un encouragement géographique à quitter les lieux traditionnels d'exposition, décrits ci-dessus, pour affronter le labyrinthe des ruelles vénitiennes à la recherche des pays émergents dans le domaine de l'art, dispersés au gré d'obscures fondations qui leur ont ouvert leurs portes.
 
Près de l'imposante église de San Giovanni e Paolo, les pays d'Asie centrale cherchent à définir leur place et leur identité dans le monde moderne, interrogeant leurs traditions et leur pratiques sociales. Une installation de Yerbossyn Meldibekov met en scène le Transsibérien, avec vidéos et amas des colis transportés par les petits marchands le long de la ligne de train.
 
Non loin du Palazzo Grassi, l'Ukraine affiche un émerveillement narcissique et adolescent devant sa récente Révolution orange, alors que l'Iran, pays de contradictions s'il en est, envoie des jeunes femmes qui traduisent la difficulté de la condition féminine dans ces contrées. Mandana Moghaddam réinterprète une légende populaire qui raconte comment une princesse emprisonnée permet à son amant de la rejoindre grâce à ses longues tresses, en suspendant un imposant bloc de béton par quatre tresses composées de vrais cheveux.
 
Et enfin, last but not least, la Suissesse Pipilotti Rist s'approprie de l'église de San Stae, un bijou baroque dont la rénovation a été en partie financée par notre pays, pour y projeter sa vision du paradis dans une vidéo intitulée "Homo sapiens sapiens", un travail qui lui permet de "montrer comment serait le monde si nous ne devions pas nous sentir coupable en permanence" (citation de l'artiste). Le spectateur est invité à s'allonger pour contempler le plafond de l'église, où défile un foisonnement composé de végétaux tropicaux et de gros plans sur des corps féminins. Une plongée vivifiante dont il émerge émerveillé et ressourcé.
 
En conclusion, même si l'édition 2005 de la Biennale restera dans les annales pour avoir ouvert la porte à une plus grande présence féminine plutôt que grâce aux expositions proposées, rien ne doit empêcher le curieux ou l'amateur d'art d'aller vérifier in situ l'adage qui veut que la qualité de l'ensemble est supérieure à la somme des qualités individuelles de ses composantes.

Infos pratiques :
La Biennale est ouverte jusqu'au 6 novembre de 10h à 18h tous les jours sauf le lundi pour les Giardini et le mardi pour l'Arsenale. L'accès principal coûte 14 euros, mais les pavillons hors site sont libres d'accès. L'œuvre incontournable de Pipilotti Rist s'admire gratuitement dans l'église de San Stae, sur le Canale Grande.

auteur: Natalie Meystre, PL-DIT KIS