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Christof Teuscher, la vie après Alan Turing

17.02.2004

Il y a parfois, par-dessus les barrières du temps, des rencontres inoubliables. Au lendemain de sa défense de thèse sur les machines bio-inspirées au Laboratoire de Systèmes logiques, Christof Teuscher sait sans doute que le génial Alan Turing laissera une empreinte puissante et mystérieuse dans sa trajectoire personnelle, dont la prochaine étape est un aller simple pour la prestigieuse Université de Californie San Diego (UCSD).

«Un génie énigmatique», c’est par ces mots que le nouveau docteur du Laboratoire de systèmes logiques désigne Alan Turing (1912-1954), un des scientifiques les plus originaux et les plus visionnaires du XXe siècle, dont la vie elle-même est tout un roman.

A 24 ans, l’Anglais a déjà posé les fondements théoriques de l’informatique. Un peu plus tard, alors que son pays flambe sous les bombes allemandes, Turing contribuera de manière décisive à déchiffrer le fameux code Enigma mis au point par les services secrets d’Hitler. Il concevra des calculateurs rapides et participera à la construction d’un des premiers ordinateurs électroniques. Il développera, sans être suivi par personne, des idées révolutionnaires sur l’intelligence artificielle.

Alan Turing est d’abord salué comme un génie, un héros de la nation, mais la société anglaise de l’après-guerre ne lui pardonnera pas ses amours masculines qu’il revendique haut et fort. Homme libre, Turing est aussi un homme seul. Contraint par la justice de se soumettre à des injections d’œstrogène pour éviter la prison, le génial penseur mettra fin à ses jours en croquant, comme Blanche-Neige, une pomme empoisonnée. Pendant de nombreuses années, un épais manteau d’oubli recouvrira l’œuvre de cette figure tragique de l’histoire des sciences.

Pour Christof Teuscher, la véritable rencontre avec Turing commence le jour où l’étudiant en informatique lit un article du Scientific American sur ses travaux oubliés. Fasciné par la pensée de ce chercheur complètement hors normes, Christof rédige son travail de diplôme sur les modèles connectionnistes.

- Turing voulait créer des machines intelligentes capables d’apprendre de manière très simple. Un incroyable défi scientifique qui n’a pas été relevé, mais qui a ouvert des champs immenses à la simulation.

Ce travail vaudra à Christof plusieurs prix et attire l’attention de deux spécialistes qui l’encouragent à publier un livre, fait exceptionnel dans la carrière d’un étudiant. Ce sera Turing’s connectionism - an investigation of Neural network architectures, paru chez Springer. En 2002, pour le nonantième anniversaire du mathématicien, Christof organise une rencontre internationale prestigieuse à l’EPFL, le Turing Day, qui rencontrera un vif succès. Aujourd’hui le jeune homme publie Alan Turing: Life and Legacy of a great thinker, toujours chez Springer, qui réunit les contributions de l’élite mondiale des spécialistes de Turing. Cet ouvrage est destiné à un public plus vaste, fasciné par la vie et l’œuvre d’un homme à la fois profond et dandy, penseur et constructeur de machines. Un livre à son image, foisonnant, éclectique, brillant, mais qui n’élucide pas le «mystère Turing».

- Ce scientifique me fascine, mais cet homme demeure une énigme indéchiffrable que je ne comprends pas mieux aujourd’hui qu’hier, fait remarquer Christof.

Alors qu’il prépare son ouvrage, le doctorant rédige encore sa thèse, participe à l’aventure de Bio-Wall, organise un nouveau congrès. «Je ne sais pas très bien comment je suis arrivé à faire tout cela de front», dit-il en souriant.

Mais les défis ne font pas peur à Christof, parti d’un apprentissage en électronique en Suisse alémanique pour s’envoler dans quelques jours, son titre de docteur EPFL en poche, vers les Etats-Unis rejoindre, avec son épouse, Ursina, psychologue, la dynamique équipe de Rafaël Nunez, en sciences cognitives, à l’Université de Californie de San Diego.

Là bas, il travaillera sur l’attention partagée entre mère et enfant et fera des modélisations sur la base de réseaux de neurones artificiels pour mieux comprendre les mécanismes de l’apprentissage et le fonctionnement obscur de la grave maladie que représente l’autisme.

Le jeune chercheur repensera peut-être à cette réflexion angoissante de Turing, extraite de la pièce de Valeria Patera, La pomme d’Alan, qui figure dans son livre: «C’est l’oignon qui m’a donné une image de l’esprit humain, l’oignon dont les peaux peuvent être pelées les unes après les autres. Si nous considérons les fonctions de l’esprit, ou du cerveau, il y a certaines opérations que l’on ne peut expliquer qu’en termes mécaniques, mais qui ne correspondent pas à «l’esprit réel». Pour le trouver, il faut continuer à peler, peau après peau. Mais arriverons-nous finalement à «l’esprit réel» ou seulement à une ultime peau qui ne contient rien... ?»

A lire:
Alan Turing: Life and Legacy of a great thinker, Christof Teuscher (ed), Springer

author: Barbara Fournier, Presse & Information