Réduire un gène au silence pour lutter contre la dégénérescence des neurones
13 March 2005
Nouvelle technique biologique pour stopper la sclérose latérale amyotrophique
Des scientifiques de l'EPFL ont utilisé une nouvelle technique
biologique pour "faire taire" un gène mutant responsable de la sclérose
latérale amyotrophique. Les résultats, qui viennent d'être publiés
dans la revue américaine "Nature Medicine", montrent que cette méthode
retarde de façon significative l'apparition et la progression de cette
dégénérescence neuronale.
La sclérose latérale amyotrophique (SLA) a frappé plusieurs personnages
célèbres comme l'astrophysicien Stephen Hawking ou le joueur de
Baseball Lou Gehrig. Les personnes atteintes se paralysent peu à peu
jusqu'à ne plus pouvoir parler, avaler ou respirer. Cette maladie
fatale touche environ 6 personnes sur 100'000, généralement des adultes
dans la cinquantaine. Elle résulte d'une dégénérescence des
"motoneurones". Situées dans la moelle épinière, ces cellules nerveuses
contrôlent l'activation des muscles. Sans elles, pas de mouvement.
Passer du modèle à la stratégie thérapeutique
La SLA peut avoir une origine héréditaire. Certains cas tiennent à
la mutation d'un gène appelé SOD1. Bien que l'on ne sache pas encore
comment cette mutation est toxique pour les motoneurones, il a été
constaté qu'elle permet de reproduire la maladie sur des souris
transgéniques. Une équipe de l'EPFL, dirigée par le professeur Patrick
Aebischer, a effectué des recherches pour franchir une étape
supplémentaire : passer de ce modèle de la maladie, sur la souris,
à une stratégie thérapeutique. A cet effet, l'équipe a fait appel à une
technique très particulière, dite "interférence ARN".
Objectif: réduire au silence le gène mutant responsable.
L'ARN est une molécule qui permet à une cellule de traduire son
information génétique (située sur la fameuse molécule ADN) en
protéines. En interférant sur l'ARN, on peut bloquer l'effet de gènes
spécifiques.
La stratégie consiste à injecter dans la moelle épinière un
lentivirus (une forme inoffensive du virus HIV) pour infecter les
cellules. Une fois au sein de la cellule, ce lentivirus envoie un
signal détruisant l'ARN lié au fameux gène muté SOD1. La mutation n'est
plus traduite en protéines, elle devient alors inoffensive.
D'autres maladies neurodégénératives visées
Les travaux du professeur Aebischer et de son post-doctorant
Cédric Raoul sont parmi les premiers à exploiter l'interférence ARN
comme thérapie contre une maladie neurodégénérative. "On peut
imaginer que la méthode de l'interférence ARN puisse également être
appliquée à la maladie Huntington et à certains cas de la maladie de
Parkinson", explique le président de l'EPFL.
Les scientifiques vont désormais poursuivre leurs
recherches à plus large échelle: "Il s'agit de trouver une technique
pour qu'un virus codant pour de l'ARN interférant infecte l'ensemble
des motoneurones", déclare Patrick Aebischer qui estime que des
traitements issus des travaux actuels pourraient voir le jour dans
quelques années.
journaliste:
Florence Luy